Quels états Obama peut-il ou doit-il gagner en Novembre pour devenir président ?

Pour rappel. Le 4 novembre prochain, les citoyens des 50 Etats de l’union et du district de Columbia éliront le 44ème président des Etats-Unis d’Amérique. Mais à la différence d’un pays comme la France, les citoyens des Etats-Unis n’élisent pas leur président au suffrage universel direct. C’est le collège électoral, composé de 538 grands électeurs, qui vote pour élire le président des Etats-Unis. Cette élection, purement formelle, aura lieu cette année le 15 décembre.
Chaque état possède un certain nombre de grands électeurs. Ce nombre est censé representer proportionnellement la population des 50 états et de Washington DC (le district de Columbia n’étant pas un état). Donc plus un état sera peuplé, plus il aura de grands électeurs. Bien sûr il s’agit là d’une grossière simplification, l’allocation des grands électeurs reproduisant celle des membres du congrès est régie par un certain nombre de subtilités.

Ces grands électeurs - eux - sont élus au suffrage universel direct, c’est en fait pour eux que l’on vote le jour de l’élection (4 novembre). Le mode de redistribution des grands électeurs est à la discrétion de l’état. 48 états reversent l’ensemble des grands électeurs au candidat arrivé en tête. Mais le Maine et le Nebraska ont un mode de redistribution plus proportionnel.
Donc pour être président, il faut gagner le plus grand nombre de grands électeurs. Au moins 270.

Pourquoi ce rappel ? Parce que pour gagner une élections aux Etats-Unis – et on se répète – il faut avant tout gagner des états et pas forcement avoir le plus grand nombre de voix. George Bush en 2000, en gagnant la Floride et ses 27 grands électeurs, a été élu président tout en perdant le vote populaire (47.9% contre 48.4% pour Al Gore). On estime, par exemple, qu’il est possible théoriquement d’être président des Etats-Unis en ne remportant que 30% du vote populaire.

A la dernière élection présidentielle - celle de 2004 - George Bush l’a emporté avec 286 grands électeurs contre 252 pour John Kerry. Regardons la carte de l’élection :

Il s’agit là d’une bonne base de réflexion pour l’élection de 2008. Sociologiquement, Barack Obama devrait faire au minimum aussi bien que John Kerry (Gallup voit beaucoup de similarités dans leurs partisans). Il n’y a pas vraiment de groupes dans l’électorat de Kerry qui refuseraient de voter pour Obama (une autre façon de dire que les racistes votent majoritairement républicains). Ce dernier peut par contre améliorer sensiblement le score de Kerry, on pense principalement à 3 groupes de population (bien sûr ces groupes sont artificiels et souvent se recoupent) : les jeunes, les noirs et les indépendants.

Les jeunes (18-24) votent peu généralement (surtout par rapport aux vieux) mais les primaires démocrates ont vu les jeunes voter massivement. +52,4% par rapport à 2004. Sans commentaire.

Une idée répandue voudrait que les noirs votent peu aux Etats-Unis. Elle est partiellement vraie. Les noirs ne votent pas moins que les autres mais par contre ils s’inscrivent moins sur les listes électorales. Barack Obama pour des raisons évidentes ou pas promet une mobilisation historique de l’électorat noir pour l’élection de novembre. Les primaires ont enregistré une participation afro-américaine en en hausse de 7,8% par rapport à 2004.

One expert on African-American politics, David A. Bositis of the Joint Center for Political and Economic Studies, called those numbers “almost astounding.” Black turnout also shot up in states like Maryland, Virginia and Louisiana, even after Hurricane Katrina had driven many Louisianians out of state.

NYT

Ces chiffres cachent une drôle de conséquence. Des modèles montrent qu’avec une participation afro-américaine en hausse de 10% Barack Obama pourrait atteindre les 280 grands électeurs.

For each 10 percent increase in African-American turnout, Obama gains approximately 13 electoral votes, and 1 percent in his popular vote margin against John McCain. Even a 10 percent increase is enough to take him from a slight underdog against McCain to a slight favorite, while at higher levels of turnout improvement, Obama becomes the strong favorite. Meanwhile, Obama’s electoral map changes as follows:

Kerry en 2004 avait fini avec 252 électeurs. Obama devra donc en remporter 18 de plus pour atteindre les 270. Alors la question est : quels états peut-il/doit-il remporter ?

On en compte au moins 4 : Colorado (9), Iowa (7) , Virginie (13) , Nouveau Mexique (5) .

Il y a dans ces 4 états, 34 grands électeurs à gagner. Bien plus que nécessaire. La Virginie va être une formidable bataille. Difficile de dire aujourd’hui si Obama peut vraiment la remporter mais il devrait poser de sacrés problèmes à McCain dans cet état.
Ce qui est remarquable, c’est qu’Obama risque de gagner cette élection avec des états qui ne sont pas considérés généralement comme les swing states à gagner.

En plus de ces 4 états, il pourrait y avoir des surprises dans les deux Caroline (Sud et Nord) ou encore dans le Mississippi, même si dans ce dernier état cela risque d’être dur. Mais pas impossible. Ou même encore dans des états improbables comme l’Alaska.

Mais même en ne gagnant pas ces états, en les rendant “compétitifs” il obligera les républicains à dépenser du temps et de l’argent pour faire campagne dans des états qu’ils pensaient sûrs :

Bruce Oppenheimer, a political scientist at Vanderbilt University, said the question was not so much whether Mr. Obama would carry Mississippi as whether he would force Republicans to spend time and money in the state.

Bien sûr il ne faut pas exclure qu’un ou deux états que Kerry avait gagnés passent républicains.

Si vous voulez vous amuser à faire des simulations, 270towin est bon site pour ça.

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